LES ASSIS

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  1. Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
  2.  
  3. Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,
  4.  
  5. Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
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  7. Comme les floraisons lépreuses des vieux murs,
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  9. Ils ont greffé dans des amours épileptiques
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  11. Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs
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  13. De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques
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  15. S’entrelacent pour les matins et pour les soirs.
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  17. Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
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  19. Sentant les soleils vifs percaliser leurs peaux,
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  21. Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,
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  23. Tremblant du tremblement douloureux des crapauds.
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  25. Et les Sièges leur ont des bontés ; culottée
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  27. De brun, la paille cède aux angles de leurs reins.
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  29. L’âme des vieux soleils s’allume, emmaillotée
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  31. Dans ces tresses d’épis où fermentaient les grains.
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  33. Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes,
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  35. Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour,
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  37. S’écoutent clapoter des barcarolles tristes
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  39. Et leurs caboches vont dans des roulis d’amour.
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  41. Oh ! ne les faites pas lever ! C’est le naufrage.
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  43. Ils surgissent, grondant comme des chats gifflés,
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  45. Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage !
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  47. Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.
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  49. Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves
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  51. Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors,
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  53. Et leurs boutons d’habit sont des prunelles fauves
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  55. Qui vous accrochent l’œil du fond des corridors !
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  57. Puis ils ont une main invisible qui tue ;
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  59. Au retour, leur regard filtre ce venin noir
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  61. Qui charge l’œil souffrant de la chienne battue,
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  63. Et vous suez, pris dans un atroce entonnoir.
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  65. Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales,
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  67. Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever,
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  69. Et de l’aurore au soir des grappes d’amygdales
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  71. Sous leurs mentons chétifs s’agitent à crever.
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  73. Quand l’austère sommeil a baissé leurs visières
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  75. Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés,
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  77. De vrais petits amours de chaises en lisières
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  79. Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés.
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  81. Des fleurs d’encre crachant des pollens en virgules,
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  83. Les bercent le long des calices accroupis,
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  85. Tels qu’au fil des glaïeuls le vol des libellules,
  86.  
  87. — Et leur membre s’agace à des barbes d’épis !

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