Grotesques
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- Leurs jambes pour toutes montures,
- Pour tous biens l’or de leurs regards,
- Par le chemin des aventures
- Ils vont haillonneux et hagards.
- Le sage, indigné, les harangue ;
- Le sot plaint ces fous hasardeux ;
- Les enfants leur tirent la langue
- Et les filles se moquent d’eux.
- C’est qu’odieux et ridicules,
- Et maléfiques en effet,
- Ils ont l’air, sur les crépuscules,
- D’un mauvais rêve que l’on fait ;
- C’est que, sur leurs aigres guitares
- Crispant la main des libertés,
- Ils nasillent des chants bizarres,
- Nostalgiques et révoltés ;
- C’est enfin que dans leurs prunelles
- Rit et pleure — fastidieux —
- L’amour des choses éternelles,
- Des vieux morts et des anciens dieux !
- — Donc, allez, vagabonds sans trêves,
- Errez, funestes et maudits,
- Le long des gouffres et des grèves,
- Sous l’œil fermé des paradis !
- La nature à l’homme s’allie
- Pour châtier comme il le faut
- L’orgueilleuse mélancolie
- Qui vous fait marcher le front haut,
- Et, vengeant sur vous le blasphème
- Des vastes espoirs véhéments,
- Meurtrit votre front anathème
- Au choc rude des éléments.
- Les juins brûlent et les décembres
- Gèlent votre chair jusqu’aux os,
- Et la fièvre envahit vos membres
- Qui se déchirent aux roseaux.
- Tout vous repousse et tout vous navre,
- Et quand la mort viendra pour vous,
- Maigre et froide, votre cadavre
- Sera dédaigné par les loups !
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